Un thermomètre de pharmacie indique une température de 32°C à Paris, le 28 mai 2026 lors d'une vague de chaleur en France ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
L'épisode de fortes chaleurs qui touche la France depuis plusieurs jours a commencé à régresser vendredi, une poussée de mercure précoce qui a donné lieu à des critiques d'impréparation des pouvoirs publics.
Vendredi après-midi, Météo-France a annoncé que la vigilance orange ne concernerait plus que 10 départements samedi, contre 11 vendredi, la Loire-Atlantique repassant en jaune.
"Normalement, si les prévisions se confirment dimanche matin (...) la carte devrait être verte pour l'aléa canicule", a par ailleurs indiqué vendredi après-midi Clémence Pierangelo, permanencière de prévision à Météo-France, lors d'un point presse.
"Plus de la moitié" de l'Hexagone a enregistré "au moins un record mensuel de chaleur" minimales ou maximales, "ce qui est colossal", a toutefois souligné Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France lors du point presse, pour mettre en exergue le caractère "inédit" de cet épisode de chaleur précoce.
Ces températures de 10 à 15 degrés au-dessus des normales et largement inédites pour un mois de mai ont déjà provoqué plusieurs décès, selon les autorités.
Elles forcent par ailleurs entreprises, particuliers ou administrations à s'adapter.
Le proviseur de deux lycées de Rezé (Loire-Atlantique) a décidé de faire passer tous les cours de l'après-midi en distanciel pour préserver "la sécurité des personnes".
La SNCF a également annulé plusieurs trains entre Paris et le Sud-Ouest ainsi qu'entre Bordeaux et Marseille, par crainte de pannes de climatisation.
Vendredi matin, les départements Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Charente-Maritime, Charente, Gironde, Paris, Deux-Sèvres, Vendée, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne étaient encore en vigilance orange.
Le thermomètre a commencé à régresser à l'ouest, avec 20°C attendus à Brest (après 29°C jeudi).
Mais pour d'autres régions - Centre-Ouest et Nord/Nord-Est - le thermomètre continue de grimper. Paris devrait connaître son pic de chaleur, avec 35°C, de même que Lille (33°C).
- Arrosage des vaches -
AUn vigneron protégé du soleil sous un parasol travaille dans les vignes de Bourgogne, à Gevrey-Chambertin, le 28 mai 2026 en Côte d'Or, pendant une vague de chaleur en France ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
Cet épisode caniculaire a déjà propulsé mardi l'indicateur thermique national à un niveau record pour une fin mai (24,9°C). Jeudi le record de chaleur pour un mois de mai en France a été battu avec 37,8°C, en Charente.
La chaleur devrait persister samedi du Centre au Nord-Est à la vallée du Rhône. Dans les régions de l'ouest, le thermomètre devrait continuer à régresser.
Météo-France prévoit une fin de l'épisode de chaleur pour dimanche.
Mais à partir de samedi, la chaleur devrait aussi laisser place aux orages, entre le Poitou-Charentes, la région parisienne jusqu'au Benelux, qui pourraient "être assez intenses" avec des risques de grêles et de fortes bourrasques, a averti vendredi Météo-France.
Taxé d'"impréparation" par l'opposition, le gouvernement s'est réuni jeudi sous l'égide du Premier ministre afin de travailler à un "plan d'endurance" pour l'été, abordant l'état des nappes phréatiques, l'accueil du public ou les risques de feux de forêts.
Lors de cette réunion, Sébastien Lecornu a fait passer le message, selon des participants, que ce n'était pas à l'Etat de tout gérer - le bâti scolaire, par exemple, relève des collectivités - et qu'il mettait déjà beaucoup d'argent sur la table.
Mais pour nombre de politiques et d'ONG, le compte n'y est pas: Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, estime que le gouvernement s'est réuni "pour rien".
Le chef de file des sénateurs PS, Patrick Kanner, a réclamé un "plan Marshall d'adaptation des services publics", tandis que Mathilde Panot pour les députés Insoumis a déploré un gouvernement pas "à la hauteur de l'enjeu" climatique. Le Rassemblement national appelle à un grand plan de climatisation.
En attendant, certaines professions revoient déjà totalement leurs façons de travailler.
Nadège Poumaere, éleveuse de vaches laitières à Sercus (Nord), redouble d'ingéniosité pour rafraîchir ses 130 vaches, animal très sensibles à la chaleur, au moyen de Ventilateurs, ouverture des étables, arrosage des animaux avant d'équiper dans quelques semaines son étable de rideaux occultants, un investissement de 40.000 euros.
- Pollution -
Vagues de chaleurs recensées en France et indicateur thermique national quotidien (au-dessus de 23,4°C), selon les données de Météo-France depuis 1947 ( AFP / Valentin RAKOVSKY )
La chaleur s'accompagne d'une dégradation de la qualité de l'air.
Vendredi, l'Ile-de-France et les Hauts-de-France pourraient encore dépasser le premier seuil à risque de pollution à l'ozone, selon la plateforme nationale de prévision de la qualité de l'air Prev'Air.
Cet épisode caniculaire est causé par un "dôme de chaleur" têtu sur l'Europe de l'Ouest, qui bloque l'air chaud venu d'Afrique du Nord.
L'Italie, le Royaume-Uni ou encore le Portugal connaissent aussi des pics de chaleur inédits pour la saison.
Sous l'influence du changement climatique causé par les activités humaines, ces périodes de fortes chaleurs, rares autrefois, ont tendance à être plus nombreuses, intenses et à intervenir plus tôt ou plus tard dans l'année.
Les prévisions officielles tablent sur un réchauffement moyen de 2,7°C en France d'ici 2050.

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